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D’après une étude Britannique, entre 2008 et 2010, seuls 5% des artistes Anglais ont envoyé des demandes de levée de fonds à des organismes étatiques.

Si on se fie aux résultats de cette étude, au Royaume-Uni, 95% des artistes ne prennent même plus la peine d’envoyer un dossier de demande de financement à une institution étatique !  

Ces chiffres, bien que limités aux seules bourses publiques, sont symptomatiques d’un ras le bol.

Ce ras le bol s’explique d’abord par leur rejet de tout ce qui a trait à la bureaucratie et aux tâches administratives. Ce rejet est illustré par les propos du jeune peintre Justin Weiler dans un article du journal Le Monde datant de 2016 : « Les questions administratives ne m’intéressaient pas à l’école et, encore aujour­d’hui, je fais tout pour ne pas m’en occuper. »

Ce sentiment est logique. Après tout, quand un jeune artiste a passé une grande partie de sa vie à perfectionner son art (chant, peinture, dessin, danse, sculpture…), une fois qu’il se lance dans le métier, il aspire à se focaliser uniquement sur sa passion. La dernière chose qu’il a envie de faire, c’est de jouer au gratte papier !

Il n’a pas envie de passer des heures à rédiger sur son ordinateur de longs textes pour expliquer ce qu’il fait ou d’établir des budgets contraignants qu’il n’est pas toujours sûr de pouvoir respecter. Ces choses-là lui donnent de l’urticaire!

En plus, ces tâches sont compliquées davantage lors de l’élaboration du premier dossier par l’absence de book (portfolio). Les jeunes artistes sont ainsi obligés de consacrer plus de temps et d’efforts à leurs dossier que ne le ferait un artiste habitué des collectes de fonds. La qualité des dossiers qu’ils envoient laisse donc souvent à désirer vu qu’ils doivent tout démarrer de zéro et qu’ils ne savent pas bien expliquer leur travail à des gens qui sont rarement du milieu. Et au final leurs premiers dossiers ne sont généralement pas retenus.

Un autre facteur de ras le bol c’est les rejets systématiques, même pour les dossiers suivants. Ces rejets successifs génèrent rapidement un sentiment de découragement chez les artistes les moins motivés.

Ce sentiment de découragement se transforme petit à petit en phobie des dossiers, puis carrément en rejet du système et poussera beaucoup d’artistes hors du circuit.

Ils mettront leur art de côté au profit de leur travail annexe qui deviendra leur métier principal et de fil en aiguille, ils arrêteront complètement d’envoyer des demandes de levée de fonds. Leur art est ainsi relégué au rang de simple activité du week-end.

Notez cependant que le découragement n’explique pas à lui seul ce choix. Un autre facteur important ici c’est la pression de l’entourage et de la société. Peu d’artistes peuvent supporter longtemps de passer pour l’artiste bohème qui vit au crochet de ses proches.

Peut-être que comme moi par le passé, vous êtes vous-même dans une situation similaire à celles que je viens de décrire ?

Si c’est le cas, ne cédez pas au découragement et n’abandonnez pas vos rêves et vos aspirations !

En adoptant un autre angle d’approche aux dossiers, vous vous rendrez compte que travailler sur son dossier, c’est aussi travailler sur son art.

Vous comprendrez que la constitution de dossiers n’a pas besoin d’empiéter sur la création artistique. Bien au contraire, ces 2 conditions sont profondément liées. On n’arrête pas de travailler sur son art pour faire un dossier, le dossier est plutôt une continuité de notre art.

Dans l’article d’aujourd’hui, nous allons aborder différents éléments constitutifs d’un dossier sous un angle nouveau, c’est-à-dire leur apport à votre art et votre carrière d’artiste.

En comprenant cet apport, vous ne verrez plus les dossiers comme une corvée qui vous détourne de votre art, mais plutôt comme un élément qui en fait partie intégrante.

Le Statement

Commençons par un élément qui rebute plus d’un artiste: le Statement.

Le mot statement est un anglicisme employé depuis peu de temps en francophonie pour désigner le texte d’introduction présent au début d’un dossier. Ce texte, doit être assez court et vous permettra en tant que candidat de présenter votre projet. 

Un bon statement, formulera de manière concise et claire votre démarche artistique, ses objectifs, ainsi que les contours de votre projet.

Si votre statement est cohérent, alors votre projet artistique l’est tout autant, car savoir bien expliquer son travail c’est aussi savoir comprendre ce que l’on fait.

Comme l’a écrit Nicolas Boileau, dans l’Art poétique (1674):

“Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément”

Vous pouvez d’ailleurs lire l’article sur « Les 5 règles à suivre pour le financement de vos projets artistiques » dans lequel nous avons traduit un statement de référence de l’artiste Ron Jude

L’échéancier

Dans l’échéancier vous fixerez les jalons importants de votre projet (début du projet, fin de la réalisation, début de la promotion, vernissage, exposition etc) . L’échéancier n’est pas seulement un élément constitutif d’un dossier de demande de levée de fonds, c’est aussi et surtout une boussole pour l’artiste qui vous montrera le cap à suivre pour achever votre œuvre.

Quand une idée de projet artistique germe dans notre tête on est généralement enthousiastes et on se dit: “je veux réaliser un film, rédiger/constituer un livre etc”. Mais nous avons souvent de la peine à appréhender clairement les efforts et le temps que nécessitent la création d’une œuvre. L’échéancier nous aide à nous faire une idée claire de la masse de travail et des délais que nécessiteront la réalisation de notre œuvre. 

L’échéancier vous permettra donc de vous projeter et de visualiser le degré d’accomplissement de votre projet à chaque période clée. Avec l’échéancier, le projet n’est plus une simple idée qui a germé dans un coin de votre tête, mais une série d’objectifs concrets et clairs à atteindre pour arriver à réaliser votre œuvre.

Si votre candidature est validée votre échéancier vous apportera la rigueur et la discipline nécessaire pour accomplir votre travail dans les meilleures conditions et dans les délais que vous vous serez impartis.

Il vous motivera et vous permettra de réduire la procrastination pour tenir vos délais et de garder votre cap.

Vous ne devez donc pas le négliger !

Le budget 

Là où l’échéancier permet à l’artiste de se projeter dans le temps (à travers les délais de réalisation), le budget permet de se projeter sur les moyens et les coûts nécessaires à la réalisation de l’œuvre.

Souvent, certains projets artistiques ont l’air assez simples et peu coûteux de prime abord, mais en établissant un budget on se rend compte qu’ils requièrent plus de moyens qu’on ne le pensait. 

Donc le budget nous permet d’avoir une idée précise sur les moyens de financement nécessaires à la réalisation de l’œuvre. 

Un avantage du budget c’est que s’il est réalisé sérieusement pour un premier dossier, il pourra resservir pour d’autres dossiers, sans modifications majeures.    

Un budget clair et précis vous permettra aussi de ne pas vous disperser dans des dépenses superflues qui n’apporteront rien à votre projet et il vous permettra aussi de vous concentrer exclusivement sur les ressources nécessaires pour le mener à son terme.

Un artiste qui a un budget clair est un artiste qui sait clairement de quels moyens il a besoin pour mener le projet à son terme dans les meilleures conditions.  

Et si vous êtes absolument allergique à tout ce qui est comptabilité, il existe des solutions en ligne à moindre coût qui peuvent vous permettre de sous-traiter cet aspect là des dossiers (par exemple upwork ou 5euros.com).

Mot de la fin

En conclusion, les dossiers de demande de levée de fonds peuvent être vus comme une feuille de route de vos projets artistiques. 

Personnellement, quand je veux entamer un nouveau projet, je commence par constituer un dossier, et le fait de réunir les éléments demandés par les bailleurs de fonds et de répondre à leurs questions m’aide à mieux structurer mon travail artistique.

Bien sûr, création et choix artistiques obligent, si une bourse m’est accordée il m’arrive parfois de changer certains choix artistiques mineurs par rapport à ce qui était prévu au moment où j’ai constitué mon dossier. Mais le cap que je m’étais initialement fixé pour l’œuvre lors de la constitution de mon dossier reste toujours inchangé.   

En somme, pour vaincre votre peur des dossiers, vous devez les appréhender comme partie intégrante de votre œuvre et non comme une corvée.

Et ne soyez pas découragés par les rejets, car plus vous repostulerez, plus vous aurez de chances d’obtenir les fonds qui vous sont nécessaires. En effet, si vous repostulez pour une même bourse l’année suivante, en étoffant votre dossier, le bailleur de fond appréciera particulièrement votre persévérance et vous aurez plus de chances d’être retenu. 

Et enfin, posez-vous la question de savoir si vous voulez vivre de votre art. Car si vous ne réussissez pas à réunir des fonds vous deviendrez de plus en plus dépendant de votre job d’appoint qui finira par passer au premier plan.

Pour aller plus loin, téléchargez le guide des levée de fonds en remplissant le formulaire ci-dessous. Celui-ci vous aidera à y voir plus clair et à structurer vos demandes de levées de fonds. 

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